Commerce et Distribution

COMMERCE ÉQUITABLE

Villeneuve-d'Ascq : Ann Gisel Glass et ses associés parient sur une autre économie au « 64 du Sart »

jeudi 29.12.2011, 05:26

Villeneuve-d'Ascq : Ann Gisel Glass et ses associés parient sur une autre économie au « 64 du Sart » Mode, beauté, puériculture, déco issues du commerce équitable... Elles en connaissent un rayon!

L'ancienne comédienne s'est associée à deux autres enseignes lilloises de commerce équitable et bio pour créer un nouveau type d'espace de vente, sous statut coopératif, mais structuré comme les « grands magasins » de type parisien. Selon elle, il est temps pour « l'autre commerce » d'entrer dans l'âge adulte, quitte à voisiner avec la grande distribution. « Un passage obligé si on veut toucher un plus large public ».

Elle a tourné avec Godard, Doillon, Costa-Gavras. Mais c'est peut-être sous les traits de Blandine l'insoumise, téléfilm diffusé entre 2002 et 2005 que le grand public connaît surtout Ann Gisel Glass. L'actrice a donné un autre tournant à sa vie en 2006, en créant à Lille AGG Bootik, enseigne de vente en ligne et en magasin de produits issus du commerce équitable.

La rue Saint-Sébastien, dans le Vieux-Lille, vous connaissez ? ll est vrai qu'elle est un peu excentrée, juste à la frontière entre le quartier « bobo » et les derniers espaces de vie, sans cesse repoussés, où l'on perçoit encore ses racines populaires. « D'ailleurs, si j'avais des clients bobos, je voyais aussi passer des gamins des collectifs qui venaient acheter un cadeau pour leur copain. Normal, j'étais le seul commerce du coin ! ».

Ann Gisel Glass parle à l'imparfait, car elle s'apprête à quitter sa boutique lilloise, pour, elle l'espère, un lieu qui lui assurera une meilleure visibilité. Il lui reste quelques cartons à transférer du Vieux-Lille au Sart, où elle a donc ouvert au début du mois un nouveau type de magasin, en association avec Céline Béghin, d'Une Souris verte, et Artisans du monde Lille. Boutique dédiée aux produits de bien être bio et naturels, ainsi qu'au maternage, Une souris verte a pignon sur la rue de la Picquerie, dans le centre de Lille. Artisans du monde est encore mieux placé, à Rihour. Contrairement à AGG, ces deux enseignes conservent leurs pieds à terre lillois, mais elles mettront leurs produits en dépôt-vente au « 64 du Sart ». Ce concept store d'un genre nouveau est installé juste à côté de la ferme éponyme, dans les locaux appartenant à son fondateur, Matthieu Leclercq, qu'occupaient jadis la société K-Bane.

Crédit solidaire et clients actionnaires

« Avec mes deux partenaires, nous nous nous sommes réunis il y a sept ou huit mois pour réfléchir à un projet de galerie solidaire , explique Ann Gisel Glass. À l'origine, nous voulions rester à Lille, mais c'est hors de prix ! ». En septembre, la possibilité de s'installer à Villeneuve-d'Ascq est apparue. Tout est ensuite allée très vite, car dans le même temps, les trois associés ont réfléchi à la structure juridique de leur projet. Ils ont opté pour une coopérative, plus exactement une société coopérative d'intérêt collectif. Les trois enseignes ont apporté chacune des parts au capital, mais une vingtaine de leurs clients (pour l'instant) sont également actionnaires.

Le 64 du Sart a pu aussi compter sur le soutien de deux acteurs du crédit solidaire, le réseau Cigales et la société de capital-risques Autonomie et solidarité, ainsi que sur l'union régionale des Scop. « Les entrepreneurs se sentent souvent seuls et assommés par les charges. Ici, nous mutualisons nos moyens et nos compétences. Et nous avons pu embaucher, alors que chacun de notre côté, ç'aurait été impossible ». Pour l'instant, la galerie fait travailler deux équivalents temps plein, mais à terme, c'est-à-dire en mai, quand les trois fondateurs seront rejoints par sept autres partenaires, ils seront cinq. Sur la surface totale de 900 m², sont ainsi prévus un salon de thé, un bar à vins, un café « poussettes ».

Des animations et des ateliers sont d'ores et déjà au programme (massage, fabrication de produits naturels, customisation de meubles...). En tout cas, si le concept store n'en est qu'à ses débuts (plutôt prometteurs), ses créateurs voient déjà plus loin. Un « 64 de Marseille », « de Lyon », demain ? Ils y croient ! •

PAR VIRGINIE BOULET